Strasbourg – 14.09.2026

« Madame la Présidente, j’ai un grand respect pour la nation turque et pour le peuple turc. Le mouvement dans lequel nous nous sommes engagés ensemble il y a 25 ans faisait sens, car la Turquie n’a pas demandé un accord commercial. Elle a demandé son adhésion et nous lui avons reconnu le statut de candidat. Cela supposait les critères de Copenhague: état de droit, pluralisme, non-discrimination, dignité de chaque être humain. Les négociations sont gelées. Ce statut, lui, demeure.
L’opération de police visant associations, militants et lieux de vie de la communauté LGBTIQ+ est perçue comme une intimidation. Selon le ministre de la justice lui même, plus de 160 personnes font l’objet de procédures, neuf associations et treize établissements sont concernés. La veille, des dizaines de sites et de comptes avaient déjà été bloqués.
Protéger les enfants et les familles est un objectif que personne ici ne conteste. Mais sa légitimité même interdit qu’il serve de prétexte. Ce sont des associations légalement enregistrées qui sont visées, dont l’objet statutaire est la défense des droits reconnus. Rappelons-le, l’homosexualité n’est pas une infraction en droit turc. Une raison parmi beaucoup d’autres de s’inquiéter: lorsque le soutien international à la société civile devient un objet d’enquête, c’est la coopération entre nos sociétés civiles qui est fragilisée.
N’oublions pas les personnes: dans beaucoup de pays, appartenir à cette communauté expose à la prison, parfois à pire. Ces femmes et ces hommes le savent, ils lisent les mêmes nouvelles que nous. C’est pourquoi une descente de police au petit matin ne se lit jamais comme un simple acte de procédure; elle se lit à la lumière de tout le reste. Ces poursuites sont engagées. Ces gardes à vue ont eu lieu. Espérons qu’elles n’aboutiront pas. Dans un monde où nous aurions tout intérêt à nous rapprocher, il est regrettable de voir la Turquie s’écarter des valeurs qu’elle s’est elle-même engagée à respecter. »