Strasbourg – 09.10.2024

« Madame la Présidente, le Parlement a choisi d’attirer aujourd’hui l’attention sur la situation du journaliste Bülent Mumay. Bülent est le coordinateur de la rédaction turque de la Deutsche Welle à Istanbul. Il publie aussi, entre autres, dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung. Il est connu pour son engagement en faveur d’une information libre et indépendante. Or, il a une fois de plus été ciblé par les autorités turques.

Son cas n’est malheureusement pas isolé. Il participe de la tendance systémique en Turquie à réprimer la liberté de la presse et à saper la liberté d’expression, le droit à informer, mais aussi le droit pour les citoyens à accéder à une information fiable. Le cas de M. Mumay est emblématique d’un régime qui cherche à faire taire les voix critiques, à contrôler le discours politique et à censurer ceux qui osent remettre en question le pouvoir en place. Les journalistes sont régulièrement victimes d’arrestations arbitraires, d’intimidations et de poursuites judiciaires infondées, motivées par des raisons politiques. Il est ainsi créé, délibérément, un climat d’autocensure étouffant. Les chiffres parlent d’eux-mêmes: au classement de 2024 de Reporters sans frontières, la Turquie vient en 158e position sur 180 pays. Il ne s’agit pas seulement de quelques arrestations isolées, mais d’une véritable machine répressive, qui vise à éradiquer toute forme d’opposition médiatique.

Ces attaques contre la liberté de la presse ont des conséquences qui vont au-delà des individus qu’elles ciblent. C’est la démocratie elle-même et l’état de droit qu’elles menacent. Il est donc de notre devoir de condamner ces violations de manière claire et ferme, et de rappeler que l’accès à une information indépendante est un droit fondamental, essentiel au bon fonctionnement de toute démocratie. Le droit à être informé est intrinsèque à la démocratie. Il est également de notre devoir de rappeler que le droit à un procès équitable, au strict respect du principe de la présomption d’innocence et à une procédure régulière, sont des droits universels pour lesquels il faut lutter là où ils sont en danger et là où ils n’existent pas – mais aussi là où ils existent, car nous ne pouvons les considérer comme un acquis.

Le journalisme n’est pas un crime et la liberté de la presse ne peut être traitée comme une menace à la stabilité. Le cas de Bülent Mumay nous rappelle l’urgence de défendre ces droits, mais il n’est malheureusement qu’un visage parmi des centaines d’autres qui, aujourd’hui, se battent pour leur liberté d’expression en Turquie. Notre action ne doit pas se limiter à des mots; il est essentiel que l’Union européenne exerce une pression diplomatique plus forte et que la défense de la liberté de la presse soit une constante dans les relations de l’Union européenne avec la Turquie.

Nous ne pouvons pas accepter que des journalistes, comme Bülent Mumay, risquent la prison pour avoir simplement fait leur travail. L’Union européenne doit utiliser tous les leviers à sa disposition pour soutenir la société civile turque et protéger ceux qui défendent la liberté d’expression. Je terminerai par ceci: ensemble, réaffirmons, encore et encore, notre soutien à ces voix courageuses, celles qui risquent tout et qui se lèvent malgré tout contre la répression, car l’Europe ne peut pas rester silencieuse face à ces injustices. »

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